- 67,6 ans est l'âge moyen de départ qui suffirait à équilibrer le système de retraite en 2070 si l'on n'agissait que sur ce levier. À législation inchangée, l'âge moyen serait de 64,6 ans, et le COR précise que ces calculs ne sont pas des propositions de réforme.
- Dans le scénario de référence, le déficit atteindrait 2,4 points de PIB en 2070, contre 1,4 point dans les projections de 2025. Les dépenses resteraient proches de 14 % du PIB jusqu'en 2045 avant de monter à 15,3 % en 2070.
- Le niveau de vie moyen des retraités, équivalent à celui de l'ensemble de la population en 2023 (100,2 %), tomberait à 90,3 % en 2070. Leurs pensions continueraient de progresser en euros constants, mais moins vite que les revenus d'activité.
Ce que mesure le chiffre de 67,6 ans
Le rapport comporte un exercice d'illustration : il calcule ce qu'il faudrait faire pour équilibrer le système chaque année jusqu'en 2070 en n'actionnant à chaque fois qu'un seul des trois leviers, l'âge de départ, le niveau relatif des pensions ou le taux de prélèvement. Dans le scénario de référence, le levier de l'âge conduirait à un âge moyen de 64,2 ans en 2030, de 65,6 ans en 2045 et de 67,6 ans en 2070.
Les trois cas se lisent par rapport au niveau que le système atteint spontanément, à législation inchangée.
| Levier actionné seul | En 2030 | En 2045 | En 2070 |
|---|---|---|---|
| Âge moyen de départ | 64,2 ans (+0,3 an) | 65,6 ans (+1,2 an) | 67,6 ans (+3,0 ans) |
| Pension moyenne rapportée au revenu d'activité moyen | baisse de 1,0 point | baisse de 3,3 points | baisse de 7,4 points |
| Taux de prélèvement (cotisations, impôts et taxes affectés, etc.) | hausse de 0,5 point | hausse de 2,1 points | hausse de 5,6 points |
Entre parenthèses figure l'écart avec l'âge moyen que les règles actuelles produiraient seules. Les 67,6 ans correspondent donc à un relèvement de 3,0 ans par rapport aux 64,6 ans projetés à législation inchangée. Ce dernier âge passerait de 63,1 ans en 2025 à 64,6 ans en 2070 et se stabiliserait dès les années 2040, quand les réformes de l'âge d'ouverture des droits et de la durée d'assurance auront produit tout leur effet. La projection tient compte de la suspension de la réforme de 2023.
Le COR est explicite : ces simulations ont une vocation exclusivement pédagogique et ne constituent « en aucune manière des propositions de réforme ». Elles reposent sur des calculs mécaniques et ne tiennent pas compte des interactions entre les leviers. Relever l'âge de départ modifie par exemple le montant des pensions à la liquidation.
Déficit et dépenses : la trajectoire jusqu'en 2070
En 2025, le solde du système de retraite (régimes de base et régimes complémentaires) est estimé à un déficit de 5,1 milliards d'euros, soit 0,2 point de PIB. Dans le scénario de référence, qui suppose une réglementation inchangée, le déficit resterait à 0,2 point en 2030 (6,8 milliards d'euros), puis passerait à 0,9 point en 2045 et à 2,4 points en 2070.
Un an plus tôt, le COR projetait pour 2070 un déficit de 1,4 point de PIB. L'écart d'un point tient aux dépenses (+1,1 point de PIB), les ressources évoluant à peine (+0,1 point). Deux facteurs dominent. L'Insee a abaissé son hypothèse de fécondité à 1,45 enfant par femme à partir de 2028, contre 1,8 auparavant, ce qui réduit la population active et donc le PIB, alors que les dépenses de retraite restent les mêmes. La Fédération Agirc-Arrco a par ailleurs défini, à partir de 2038, une valeur du point qui suit le salaire moyen diminué de 0,86 point, au lieu de 1,16 point dans les rapports précédents. À l'inverse, un solde migratoire relevé à 150 000 personnes par an (contre 70 000) allège le ratio de dépenses.
Ces dépenses ne s'envolent pas pour autant. Elles représentaient 422 milliards d'euros en 2025, soit 14,1 % du PIB, et resteraient à 14,1 % en 2030 et à 14,2 % en 2045, avant d'atteindre 15,3 % en 2070. Le COR en conclut que ces projections ne confirment pas l'idée de dépenses qui échapperaient à toute maîtrise sous l'effet du vieillissement. Le nombre de personnes de 20 à 64 ans pour une personne de 65 ans ou plus, de 2,5 en 2025, tomberait pourtant à environ 1,62 en 2070. Deux phénomènes contrebalancent cette évolution : le recul de l'âge de départ et la progression plus lente du niveau de vie des retraités que de celui des actifs.
Les ressources du système reculeraient de 13,9 % du PIB en 2025 à 12,9 % en 2070. Cette baisse vient surtout des contributions et subventions d'équilibre de l'État, qui passeraient de 1,9 % à 1,1 % du PIB : les régimes de la fonction publique de l'État et les régimes spéciaux sont tenus à l'équilibre, et leurs ressources suivent mécaniquement la baisse de leurs dépenses. En 2025, sur 417 milliards d'euros de ressources, 277 milliards, soit près des deux tiers, provenaient de cotisations assises sur les revenus d'activité. Le reste correspond à des transferts de l'État et d'autres organismes publics.
Le COR avertit enfin que le solde ainsi mesuré reste un repère imparfait. Par construction, il ne dit rien des régimes que l'État équilibre, soit près d'un quart des dépenses, dont celui des fonctionnaires de l'État.
Le niveau de vie des retraités en 2023
Le COR compare les niveaux de vie par unité de consommation, ce qui tient compte de la taille des ménages : 1,5 personne en moyenne pour un ménage de retraités, 2,5 pour un ménage d'actifs. Sur cette base, les retraités disposaient en 2023 de 2 473 € par mois, contre 2 468 € pour l'ensemble de la population. Si l'on ajoute les loyers que les propriétaires s'épargnent, leur niveau de vie dépasse de 6,5 % celui de l'ensemble des ménages.
Les retraités sont aussi plus souvent propriétaires de leur logement que les actifs, et leur patrimoine moyen est plus élevé : ils ont pu épargner pendant leur vie active et ont plus fréquemment bénéficié d'héritages que les générations plus jeunes. Ils continuent souvent d'épargner une fois à la retraite, par précaution ou pour transmettre.
Un niveau de vie relatif en recul d'ici 2070
Les pensions moyennes continueraient de progresser en euros constants, mais moins vite que les revenus d'activité, qui profitent des gains de productivité. Le COR relie ce recul notamment à trois éléments : l'indexation sur les seuls prix des droits acquis au régime général et des pensions déjà liquidées, les mesures visant à réduire le rendement de l'Agirc-Arrco et l'évolution contenue du point d'indice dans la fonction publique. Rapporté à celui de l'ensemble de la population, le niveau de vie moyen des retraités passerait ainsi de 100,2 % en 2023 à 90,3 % en 2070.
Les taux de remplacement, qui rapportent la première pension nette au dernier salaire net, baissent eux aussi d'une génération à l'autre. Le COR les suit sur des carrières types, avec un départ au taux plein. Pour un salarié non-cadre du privé, le taux resterait supérieur à deux tiers (66,6 %) pour les dix générations qui suivent celle de 1963, seuil et horizon fixés par le décret n° 2014-654 du 20 juin 2014, et il le resterait même jusqu'aux générations nées en 2000. Pour un fonctionnaire sédentaire de catégorie B, la baisse est plus rapide et le taux se stabiliserait autour de 56 %, soit environ 13 points sous celui du non-cadre pour la génération 2000. La raison tient à la part croissante des primes dans la rémunération, largement exclues du calcul de la pension du régime de la fonction publique.
Le COR note que cette baisse relative pourrait être atténuée : les assurés qui en ont la possibilité pourraient épargner davantage pendant leur vie active ou reporter volontairement leur départ. Ses projections supposent par ailleurs des structures de patrimoine inchangées dans le temps : y intégrer les transferts patrimoniaux que recevront certains futurs retraités obligerait à tenir compte de leurs effets sur les comportements d'activité.
Préparer sa retraite avec ces projections
Aucun de ces chiffres ne s'applique tel quel à un cas particulier. Le niveau de vie relatif est une moyenne et les taux de remplacement décrivent des carrières types. Pour un dirigeant, un artisan ou un professionnel libéral, dont la pension suit d'autres règles, l'écart entre le dernier revenu et la pension attendue se calcule sur la carrière réelle : les fiches sur le régime du dirigeant, sur les artisans et commerçants et sur les professions libérales en donnent les bases.
Le rapport cite lui-même deux marges d'ajustement individuelles : épargner davantage pendant la vie active ou reporter son départ. Encore faut-il connaître l'écart à combler. Il se chiffre à partir du relevé de carrière, en comparant la pension estimée au dernier revenu net : la fiche sur la simulation de sa future pension présente les outils publics gratuits.
Votre pension, comparée à votre dernier revenu
Nous reconstituons votre carrière complète et estimons votre pension nette, pour savoir quel écart combler avant votre départ.
Si un écart apparaît, l'épargne peut passer par un plan d'épargne retraite ou une assurance-vie, et le report du départ modifie le montant de la pension selon les règles de la décote et de la surcote. Le traitement fiscal de ces solutions dépend de la situation de chacun et peut évoluer.
Points de vigilance
Ces projections reposent sur des hypothèses : une fécondité de 1,45 enfant par femme à partir de 2028, un solde migratoire de 150 000 personnes par an, des gains de productivité horaire de 0,7 % par an et un taux de chômage de 7,0 %, ces deux dernières cibles étant atteintes en 2040. Selon la productivité retenue (0,4 % ou 1,0 % par an), le déficit de 2070 serait compris entre 1,7 et 3,1 points de PIB, contre 2,4 dans le scénario de référence, et le système resterait en besoin de financement dans chacun de ces scénarios. Les taux de remplacement valent pour des carrières types, avec un départ au taux plein. Le droit pris en compte est celui d'aujourd'hui, y compris la suspension de la réforme de 2023, et il peut évoluer. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil personnalisé.
Données vérifiées au 4 octobre 2026.
Sources officielles
- Cor-retraites.fr : rapport annuel du COR de juin 2026, « Évolutions et perspectives des retraites en France », page de présentation (rapport publié le 11 juin 2026).
- Cor-retraites.fr : synthèse du rapport annuel de juin 2026 (PDF).
- Cor-retraites.fr : rapport annuel de juin 2026, version complète (PDF, 260 pages), parties 2 et 3 sur les projections financières, les leviers d'équilibre et les taux de remplacement.
- Legifrance.gouv.fr : décret n° 2014-654 du 20 juin 2014 relatif au comité de suivi des retraites.
