- Cinq générations sont concernées, celles nées de 1964 à 1968. La génération 1963 ne gagne rien : elle était déjà à 62 ans et 9 mois.
- Le gain réel est de trois mois d'âge légal, et de six mois pour les personnes nées entre janvier et mars 1965, qui économisent en plus deux trimestres.
- Le gel court jusqu'au 1er janvier 2028. Au-delà, le calendrier de 2023 reprend : 64 ans pour les assurés nés à partir de 1969.
Cinq générations, et pas six
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ne revient pas sur la réforme des retraites de 2023 : elle en suspend le calendrier. Le relèvement progressif de l'âge légal et l'allongement de la durée d'assurance sont gelés là où ils étaient arrivés au 1er septembre 2025, soit 62 ans et 9 mois et 170 trimestres.
La formulation la plus répandue dans la presse — « les générations 1963 à 1968 » — est trompeuse. La génération 1963 avait déjà atteint ces valeurs sous le calendrier de 2023 : elle ne gagne rien. Les bénéficiaires réels sont les cinq générations suivantes, 1964 à 1968, et leur gain n'est pas identique.
| Année de naissance | Âge légal après suspension | Trimestres requis | Ce que la suspension fait gagner |
|---|---|---|---|
| 1963 | 62 ans et 9 mois | 170 | Rien : valeurs déjà atteintes |
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 | 3 mois et 1 trimestre |
| Janvier à mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 | 6 mois et 2 trimestres |
| Avril à décembre 1965 | 63 ans | 171 | 3 mois et 1 trimestre |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 | 3 mois |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 | 3 mois |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 | 3 mois |
| 1969 et après | 64 ans | 172 | Rien : hors période de suspension |
Un assuré né en 1964 part donc à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres, là où la réforme de 2023 lui demandait 63 ans et 171 trimestres. C'est le cas le plus fréquemment cité, et il est exact. Mais pour les générations 1966 à 1968, le gel se limite à un décalage de trois mois sur l'âge : la durée d'assurance requise, elle, reste à 172 trimestres.
Le barème complet, tous cas particuliers compris, est tenu à jour dans notre fiche sur l'âge de départ à la retraite. Les dispositifs de départ anticipé — carrière longue, handicap, inaptitude — ont été adaptés en conséquence par deux décrets du 7 mai 2026, avec leurs propres bornes d'âge.
Un gel, pas une abrogation
La suspension s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 et court jusqu'au 1er janvier 2028. Ce n'est ni un retour à 62 ans, ni la fin de la réforme de 2023 : le calendrier est mis en pause, puis reprend son cours.
Pour les assurés nés à partir de 1969, rien ne change : l'âge légal reste fixé à 64 ans et la durée d'assurance à 172 trimestres. La suite dépendra des choix budgétaires et politiques faits d'ici à 2028, sur lesquels aucun texte ne permet aujourd'hui de se prononcer.
Ce n'est pas votre date de naissance seule qui détermine le régime applicable, mais la date d'effet de votre pension. Une retraite liquidée avant le 1er septembre 2026 relève encore du calendrier de 2023, même pour une génération concernée par la suspension.
Qui paie ce répit
Le Gouvernement avait d'abord chiffré la mesure à 100 millions d'euros en 2026 et 1,4 milliard en 2027. Ces montants, largement repris en janvier, ont été révisés au fil de la navette parlementaire : le surcoût de la suspension est désormais estimé à 300 millions d'euros en 2026 et 1,9 milliard en 2027.
Deux leviers le financent. Le premier est une hausse de 0,2 point de la contribution exceptionnelle due par les organismes complémentaires d'assurance maladie, portée à 2,25 % en 2026 — un prélèvement que les mutuelles et assureurs répercutent en pratique sur les cotisations. Le second est une sous-indexation des pensions de base par rapport à l'inflation, de 0,9 point en 2027 puis de 0,4 point les années suivantes.
Deux précisions s'imposent, car elles ont beaucoup circulé de travers. Le gel général des pensions envisagé pour 2026 n'a pas été retenu : les pensions de base ont bien été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026, selon la règle légale d'indexation. Et aucun seuil de pension en dessous duquel la sous-indexation de 2027 ne s'appliquerait pas ne figure dans les textes publiés à ce jour. Les montants évoqués dans les débats n'ont pas de valeur juridique tant qu'ils ne sont pas écrits.
Cumul emploi-retraite : le verrou des six mois saute en 2027
La même loi réécrit les règles du cumul emploi-retraite. Dans sa rédaction issue de la loi du 30 décembre 2025, l'article L. 161-22 du code de la sécurité sociale ne comporte plus le délai de six mois qui interdisait de reprendre une activité chez son dernier employeur juste après la liquidation.
Deux réserves à connaître avant d'en tirer une conclusion. D'abord, ces dispositions ne s'appliquent qu'aux assurés dont la première pension de base prend effet à compter du 1er janvier 2027 : les retraités actuels restent sous les règles décrites dans notre fiche cumul emploi-retraite. Ensuite, cette souplesse s'accompagne d'un resserrement des conditions d'accès au cumul intégral, dont l'administration n'a pas encore publié le détail — la fiche officielle annonce elle-même sa mise à jour pour cette date.
Ce que cela change pour préparer son départ
Trois mois d'avance ne changent pas une stratégie patrimoniale : ils déplacent une date. C'est déjà beaucoup pour qui avait calé un départ sur un trimestre précis, une fin de mandat ou une cession d'entreprise. Le premier réflexe utile est donc de vérifier si votre date cible a bougé, et de combien : c'est l'objet d'un bilan retraite.
Le second point mérite plus d'attention que le premier. La sous-indexation des pensions de base entre 2027 et 2030 pèsera, elle, sur toute la durée de la retraite, et non sur trois mois. Un revenu de remplacement construit uniquement sur les régimes obligatoires y est directement exposé. C'est l'argument le plus solide en faveur d'un complément constitué à l'avance, qu'il passe par un plan d'épargne retraite, par l'assurance vie ou par une combinaison des deux.
Enfin, pour les actifs nés à partir de 1969, cette suspension ne procure aucun gain et n'apporte aucune visibilité supplémentaire. Elle rappelle surtout que les paramètres des régimes obligatoires se décident d'une loi de financement à l'autre, à un horizon bien plus court que celui d'une carrière.
Votre date de départ a-t-elle réellement bougé ?
Le gain de la suspension dépend de votre génération et de vos trimestres réellement validés. Nous le chiffrons, régime par régime, avec le montant qui va avec.
Points de vigilance
Les chiffres publiés en janvier 2026, au moment du vote, ne sont pas tous ceux de la loi promulguée : le coût de la suspension a été revu à la hausse, et le gel des pensions pour 2026 a été abandonné en cours de discussion. Les régimes spéciaux et les fonctionnaires de catégorie active suivent par ailleurs des calendriers propres, que le tableau ci-dessus ne couvre pas. Enfin, la suspension ne modifie ni l'âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans, ni les règles de décote et de surcote.
Données vérifiées au 24 août 2026.
Sources officielles
- Legifrance.gouv.fr : loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026.
- Legifrance.gouv.fr : décret n° 2026-344 du 7 mai 2026 (conditions de départ à la retraite).
- Legifrance.gouv.fr : décret n° 2026-345 du 7 mai 2026 (départs anticipés).
- Legifrance.gouv.fr : article L. 161-22 du code de la sécurité sociale, version en vigueur.
- Service-public.gouv.fr : suspension de la réforme des retraites, générations concernées.
- Service-public.gouv.fr : âge de départ à la retraite (fiche F14043).
- Service-public.gouv.fr : le cumul emploi-retraite (fiche F13243).
- Info-retraite.fr : la suspension de la réforme des retraites.
